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« Pay us what you owe us »: les coulisses de la fronde du All-Star Game 2025

  • 1 août 2025
  • 4 min de lecture

 Si les caméras du monde entier étaient braquées sur les stars WNBA lors du All-Star week-end, c’est peut-être en coulisses que se jouait la véritable rencontre. Entre quatre murs, loin des distractions et des festivités, les joueuses menaient, ce week-end, une bataille plus importante : celle pour faire valoir leur droits.


Lors du All-Star Game, la joueuse Brittney Sykes affichait une pancarte réclamant de meilleures salaires. Photo @Yahoosport
Lors du All-Star Game, la joueuse Brittney Sykes affichait une pancarte réclamant de meilleures salaires. Photo @Yahoosport

C’est peut-être l’image de ce début de saison WNBA. Sabrina Ionescu et Caitlin Clark - deux des visages de la ligue - appelant à de meilleurs salaires. Ce dimanche 20 juillet pendant l’échauffement du All-Star Game à Indianapolis, le WNBPA (syndicat des joueuses) a frappé fort. L'ensemble des 22 joueuses sur le parquet portaient un t-shirt avec le même message inscrit dessus. "Pay Us What You Owe Us". En plein coeur des renégociations du CBA, le WNBPA a profité du deuxième All-Star Game WNBA le plus regardé de l’histoire pour revendiquer leurs droits. 


L'action a duré toute la semaine, d'abord avec une réunion ce jeudi 17 juillet. Pour l'occasion 40 joueuses au total - comportant des membres du syndicat et en dehors- se sont réunies pour discuter du nouveau CBA  avec Cathy Engelbert, la commissionnaire de la ligue.  Il est le principal point de rupture des négociations. 


Le Collective Bargaining Agreement ou “CBA” est l'équivalent de la Constitution en WNBA. Des grilles de salaires en passant par le nombre de matchs par saison, à la draft : il est essentiel. C’est un contrat entre les propriétaires et le syndicat des joueuses qui établit toutes les règles et fondations de la ligue. Il est valable 5 à 7 ans. Fin octobre, le WNBPA a décidé d’opt-out pour négocier de “meilleures conditions de travail”. Sans accord signé d’ici novembre, la WNBA risque une grève en 2026. Les joueuses sont ressorties bredouilles de la réunion du 17 juillet. Breanna Stewart, vice-présidente du WNBPA et joueuse du Liberty a qualifié la rencontre "d'occasion manquée". 



"Le point positif c'est que les joueuses et la ligue ont pu se rencontrer pour discuter mais nous aurions pu entrer beaucoup plus en profondeur dans les négociations. C'est une occasion manquée."
Kelsey Plum (à gauche) et Caitlin Clark (à droite) habillés des t-shirts du mouvement. Photo Trevor Ruszkowski
Kelsey Plum (à gauche) et Caitlin Clark (à droite) habillés des t-shirts du mouvement. Photo Trevor Ruszkowski

Si d'après les informations d'ESPN, les joueuses semblent s'accorder sur davantage de droits pour les joueuses retraités et des familles, les deux camps sont encore éloignés sur la question des salaires. 


Le revenue share au coeur des tensions


Moins de 10%. C’est le pourcentage d’argent reversé aux joueuses sur le total généré par la ligue. Un chiffre bien en dessous des presque 50% du “Big Four” - les 4 ligues sportives américaines majeures. En plus de meilleures conditions de travail, le WNBPA espère négocier de meilleurs salaires et nouveau revenue share. Pour négocier les joueuses comptent s'appuyer sur l'explosion d'intérêt de la WNBA et plusieurs signaux sont au vert pour la ligue orange. 


Le premier, les audiences ont presque triplées en 2024. Cette augmentation peut être attribuée à l'entrée dans la ligue de jeunes joueuses prometteuses comme Caitlin Clark, Angel Reese et devrait se poursuivre avec les arrivées de Paige Bueckers cette saison ou encore de Juju Watkins d'ici 2027. Deuxième signal, de plus en plus de franchises sont intéressées par rejoindre la WNBA. De 12 équipes en 2024, ce chiffre atteindra les 18 en 2030. Au début du mois, Cathy Engelbert a annoncé les arrivées de Cleveland, Detroit et Philadelphie d'ici la fin de la décennie pour un montant d'admission de 250 millions de dollars chacune. 


Enfin le nouveau contrat des droits TV rentre aussi dans la balance. La WNBA a signé un accord sur 11 ans de 2,2 milliards de dollars. L'équivalent de 200 millions par saison alors que le précédent n'était que de 60.  

Si plusieurs arguments penchent dans la balance des joueuses, les négociations sont loin d’être gagnées. Pour l’instant, la ligue ne génère toujours pas de bénéfices. Adam Silver - commissionnaire de la NBA - avouait en 2018 que la WNBA perdait environ 10M/saison. Ce chiffre atteint même les 40 millions de dollars  de pertes en 2024. Ces pertes sont compensées par la ligue masculine qui détient environ une soixantaine des parts de la WNBA.




Les fans choisissent leur camp


Sauf que la situation a changé. Poussée par les récents investissements (nouveaux droits TV, expansion), la WNBA voit peut-être enfin le bout du tunnel. Après 29 saisons la ligue orange pourrait voir le vert. Dans leur combat pour faire valoir leurs droits, les joueuses se sont trouvés des alliés : les fans. Grâce à des pancartes, des t-shirts et des chants:“Pay them”, “Pay them” . Le public d’Indianapolis était au rendez-vous pour soutenir la cause des joueuses. Depuis le All-Star Game, des scènes similaires se sont produites dans plusieurs salles WNBA.  


"Avoir le soutien des fans est inestimable. Leurs chants m'ont donné des frissons et avec eux à nos côtés nous exerçons une pression de plus sur la ligue." - Napheesa Collier, vice-présidente du WNBPA

Alors joueuses ou ligue qui a le plus à perdre ? En cas de non-accord d’ici le 31 octobre , la WNBA se dirige tout droit vers une grève en 2026. Si les conséquences pourraient être catastrophiques pour la WNBA, les joueuses ont des alternatives. Depuis la création du championnat orange, elles ont l'habitude de jouer à l'étranger - en Europe ou en Asie - pour compenser leurs faibles salaires. Mais ces dernières années, deux ligues indépendantes ont vu le jour: Athletes Unlimited et Unrivaled fondée par les joueuses Napheesa Collier et Breanna Stewart. 


Ces deux nouvelles ligues américaines se jouent l’hiver avant la saison WNBA. Elles offrent de meilleures salaires aux joueuses et en cas de grève, tous les yeux seraient rivées sur elles. Athletes Unlimited et Unrivaled pourraient donc être les grandes gagnantes d'un "no deal" entre le WNBPA et les propriétaires. On peut penser que la ligue tentera d'éviter à tout prix une grève lors des saisons d'inauguration de Toronto et Portland, qui rejoindront la ligue la saison prochaine. 


Comme motif d'espoir, la date du 31 octobre ne représente pas une fin en soit. Pour le dernier CBA, les discussions s’étaient prolongées jusqu’au 14 janvier avant qu'un accord ne soit trouvé entre les deux camps.



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