Les médias traditionnels chamboulés par les nouveaux médias sportifs
- 13 mai 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 mai 2024
4 journalistes expérimentés se projettent sur le futur de la profession de journaliste. Qu’adviendra-t-il du métier ?

Flaviens Bories (à gauche), Caroline Henry, Thierry David et Jean-François Pérès (à droite) se projettent sur la profession de journaliste.
En parallèle des nouveaux médias, de nouveaux "journalistes" émergent. Récemment, le streamer Zack Nani a interviewé des personnalités sportives comme Didier Drogba ou même Samir Nasri. Ces créateurs de contenus, les considérez-vous comme des journalistes ? Et si, non, qu'est-ce qui les en sépare ?
Jean-François Pérès, responsable sport du JDD : " Actuellement, nous sommes dans une espèce de "zone grise". Leur démarche se rapproche du journalisme parce qu’ils réalisent des interviews qui vont être reprises dans les médias. Donc c'est une approche similaire mais différente à la fois. Moi, je travaille pour un media avant tout et pas à mon propre compte, je suis le rédacteur en chef d’une rubrique DANS un journal. Ces gens travaillent pour eux, pour leur audience et leur public qui leur fournit des revenus. Le plus difficile, c’est d’arriver à tracer une sorte de frontière entre le journalisme qu’on affiche dans ces interviews et les initiatives ou intérêts plus personnels qu’on amène à défendre. C'est important d'être le plus honnête et le plus clair possible vis-à-vis de son audience. Lorsqu'ils réalisent leurs interviews, adoptent-ils une posture de journaliste, d'influenceur, ou d'ambassadeur d'une marque ? Il faut le clarifier et je pense qu’il faudrait mieux statuer la définition du journaliste.".
Flavien Bories, chroniqueur football, Canal+ : Bonne question. Journaliste c'est une façon de penser et de travailler différente. Pour prendre l'exemple de Zack Nani, lorsqu'il réalise des interviews avec des sportifs: le ton est très amical. Le considère-t-il comme un journaliste ou plutôt comme un ami avec qui échanger ? C'est une question qui mérite de se poser mais je ne me sens pas légitime à trancher.
Caroline Henry, directrice adjointe des rédactions sports, Canal + : "Le médecin a un caducée, il prête serment; le journaliste , lui, a sa carte de presse. C'est le garde-fou de la profession et elle établit votre statut : vous faites partie d'un media, le media s'engage pour vous, vous êtes journaliste. Elle est donc nécessaire pour qu'ils soient considérés comme membres de la profession , surtout qu'elle facilement accessible. Donc, si la commission de la carte les en juge aptes à en posséder une, ils le sont.".
Thierry David, rédacteur en chef golf , Canal + : Pas du tout. Ces créateurs de contenus cherchent à faire du "clic" en priorité. On le demande aussi aux journalistes de nos jours, mais ce n'est pas notre mission première. Nous devons informer, poser les bonnes questions et satisfaire nos téléspectateurs et ceci comprend poser les questions difficiles. Aujourd'hui avec les fanpages, les blogs, les community managers et certains créateurs de contenus: on perd l'essence du journalisme. L'information est filtrée et sélectionnée, ils réalisent des interviews de "complaisance". L'invité répond à des questions, souvent choisies à l'avance. Un exercice de communication donc qui prend de plus en plus de place. A Canal, on l'observe lors des compétions de golf. A côté des journalistes, les créateurs de contenus sont accrédités à suivre les sportifs et à leur poser certaines questions. Je le regrette malheureusement.
L’an dernier RMC a confié l’affiche d’Europa League : Barcelone- Manchester United à des streamers sur Twitch. Des créateurs de contenus qui prennent la place de journalistes, est-ce un danger pour la profession ?
Jean-François Pérès, responsable sport du JDD : « C'est un signe que notre métier évolue et qu'il faudra s’adapter. L’an dernier au JDD, nous avions lancé des initiatives réunissant des créateurs de contenus. L'objectif était de toucher les plus jeunes qui s'informent de moins en moins avec les supports traditionnels. Nous avons donc essayé de joindre notre tradition journalistique à la nouveauté qui est susceptible de venir grâce à ces personnes-là. Ces "influenceurs" sont importants et ils ont une place, à nous de nous adapter. Aujourd'hui les journalistes côtoient de plus en plus des "influenceurs" .".
Flavien Bories, chroniqueur Canal + : « On devra observer la situation, assurément. Les créateurs de contenus posent de nouvelles questions qu’il sera intéressant d’observer. ».
Caroline Henry, directrice adjointe des rédactions sports, Canal+ : "Non, ils sont un complément. Ils représentent une autre façon de voir un match, de le décrypter et s'adressent souvent à un public beaucoup plus jeune. Ils sont une autre manière de voir et de traiter l'information tout simplement."
Thierry David, rédacteur en chef golf, Canal + : « Le commentaire sportif et le divertissement ont toujours été liés. En tant que journaliste sportif, notre objectif est de partager l'émotion et de donner du plaisir à ceux qui nous écoutent, il se rapproche de "l’entertainement" dans un sens. Le commentaire laisse place à la liberté, à la spontanéité et je ne vois pas de problème à ce que des streamers s'y essayent. On peut tenter des trucs et je trouve ça amusant. Donc pourquoi pas !".




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