Donald Trump renverse l’échiquier mondial
- 17 avr. 2025
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Economie, alliances et guerre commerciale. Trois mois après son intronisation à la Maison Blanche, le 47e Président des Etats-Unis rebat les cartes. Plus puissant et plus expérimenté que jamais, Donald Trump menace l’équilibre mondial.

Une position ferme, sans place pour les compromis : tous les signaux étaient visibles dès le 28 février. Devant les caméras du monde entier, le Président américain Donald Trump réprimande le chef d’État Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale. Reçu pour négocier un potentiel accord sur les minerais ukrainiens - très vite - le ton hausse. D’un échange s’ensuit un combat de coqs à deux contre un.
Soutenu par son vice-président, la voix du tandem J.D Vance – Donald Trump porte plus. Trump – Vance ou Vance – Trump. Le duo se relaie pour interrompre et couper la parole à Zelensky, esseulé et assailli de critiques. « Vous devriez être reconnaissant. Ça va être un accord difficile à trouver car il faut changer d’attitude » avertit le chef d’État américain. Alors que Volodymyr Zelensky quitte la négociation bredouille, sans accord, Trump, lui, repart en ayant affirmé sa position.
Avant lui, sous le mandat de Joe Biden (2021-2025), les Etats-Unis se sont illustrés comme le principal soutien financier à l’Ukraine. Selon le Kiel Institute - un institut de recherche économique allemand - Washington aurait accordé 114 milliards d’euros à Kiev depuis le début de l’invasion russe en février 2022 contre 137 milliards au total pour l’Europe. Avec cette conférence de presse, le milliardaire de 78 ans confirme son changement de cap. « La guerre entre l’Ukraine et la Russie est celle de Biden, pas la mienne » se dédouane-t-il sur son réseau social Truth.
Moins d’aides à Kiev, moins d’imports étrangers au profit de l’« America First », l’Amérique avant tout. En chamboulant l’Amérique, Donald Trump fait rentrer le monde dans une « nouvelle ère » d’après le Ministre de l’Economie, Eric Lombard.

La vengeance comme moteur
« A l’époque, il y avait des forces dans le parti Républicain qui pouvait le canaliser. Aujourd’hui Trump n’a plus aucun contre-pouvoir. » observe le spécialiste de géopolitique. Donald Trump, Moktar Gouad en a vu l’avènement. Installé à New York de 2014 à 2022, l’ancien journaliste de France 24, a suivi l’évolution du milliardaire en politique. « Aujourd’hui, il a l’expérience du fonctionnement du gouvernement et sait comment utiliser les agences pour punir ses ennemis ou restreindre le droit dans certains Etats. » affirme-t-il.
Avec les deux Chambres et la Cour Suprême en sa possession, Donald Trump est plus expérimenté et plus puissant que lors de son premier mandat. Selon Moktar Gouad, un sentiment de « vengeance » motive le second mandat du milliardaire américain.
Les tarifs douaniers : suite logique. Le « Liberation Day » - jour de la libération en français – a eu l’effet d’un coup de massue sur les bourses mondiales. Le résident de Mar-a-Lago a mis en place, le 5 avril, de nouvelles taxes sur les importations. De 10 à 20 %, dans un premier temps selon le pays, elles étaient censés inaugurer un nouvel « âge d’or pour l’économie américaine ».
Elles ont frappé de plein fouet le reste du monde mais la Russie et la Corée du Nord font partie des pays rescapés. Pourtant anciens adversaires historiques, la Maison Blanche a choisi de ne pas leur infliger de taxes supplémentaires et justifie ce choix par le fait « qu’ils subissent déjà lourdes sanctions » déclare Scott Bessent, secrétaire au Trésor.

« Canada is not for sale » : au Canada, la haine de Trump devient un argument de campagne
Presque personne n’a été épargné, pas même ses alliés historiques, l’Union Européenne et le Canada. « Trump est là pour casser les codes établis depuis la Seconde Guerre mondiale » pense Manuel Destanque, professeur d’anglais.
Pire encore pour son voisin, la Maison Blanche a infligé une taxe de 25 % sur toute les importations. En atteignant 960 milliards de dollars de commerce total entre les deux pays en 2022, d’après le gouvernement canadien, Ottawa représente le plus proche et plus grand partenaire commercial de Washington. Pas de quoi ralentir les envies de conquêtes de Donald Trump. Insatiable – au cours des dernières semaines - le milliardaire a répété plusieurs fois sa volonté de vouloir annexer son voisin. « Le Canada doit devenir notre 51e État » milite l’homme de 78 ans.
Des déclarations, parfois sur le ton de l’humour, qui ont tendance à « renforcer » le patriotisme canadien selon Mike Laviolle, journaliste français expatrié à Toronto. « C’est davantage un sentiment anti-Trump » atteste Mike. « Lors des rencontres officielles entre les deux pays, l’hymne américain a tendance à être sifflé. Le canadien, lui, est peut-être plus chanté que jamais. » confirme le Français.
Un « sentiment anti-Trump » devenu un argument de campagne. A 10 jours des élections fédérales anticipées, des candidats misent sur le nationalisme pour gagner des voix. Sur les casquettes on peut lire les slogans « Protect Canada » ou « Canada is not for sale » misant sur le patriotisme. Des casquettes qui font fureur. « On a déjà reçu des milliers de commandes », révèle Liam Mooney à l’initiative du projet aux micros de CTV News. « L’idée d’origine était de créer une casquette en opposition à MAGA. En quelques semaines, nous avons déjà dépassé 450 000 dollars de commandes. »

Le vainqueur populaire en baisse de popularité
Un sentiment « anti-Trump » aussi présent aux Etats-Unis. Plus les jours passent et plus la côte de popularité de Donald Trump baisse dans les sondages. D’après la dernière enquête de Reuters/Ipsos, son taux d’approbation n’atteint que 43 % en avril . Une chute de 4 % - soit son plus bas taux depuis le début de son second mandat. « L’inflation monte et le citoyen américain commence à ressentir les effets de la politique Trump .» explique Moktar Gaouad.
Des pancartes « NO TRUMP » aux drapeaux en soutien à l’Ukraine. Ces dernières semaines, à travers tout le pays, des centaines de manifestations ont été organisées pour protester contre son gouvernement. « Aux Etats-Unis, beaucoup de personnes désapprouvent son comportement. Ils n’aiment pas qu’un Président contredise la Cour Suprême et les décisions de justice. Alors ça mettra du temps mais si Donald Trump ne rectifie pas sa politique actuelle, il aura affaire à de plus en plus d’Américains insatisfaits. » conclut le journaliste de France 24.
L’annonce de la pause de 90 jours sur les tarifs calmera peut-être leurs ardeurs. Avec la Cour Suprême et les deux Chambres en sa possession, la seule menace pour Donald Trump est peut-être bien l’opinion populaire.





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